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Charlotte Périn, épouse Chevreux et sa soeur Irène, épouse Henrion.
Malheureusement, en voulant accueillir un couple et son enfant qui passaient dans la rue, un membre de notre groupe nous a fait repérer par un soldat allemand qui nous a tous délogés et contraints à rejoindre Ars-sur-Moselle. Fort heureusement, en chemin, ma famille a pu échapper à sa surveillance et rejoindre les vignes qui bordaient encore les coteaux d'Ancy. Nous avons dormi entre les plants et sous la pluie. Le lendemain, nous avons retrouvé deux autres familles en fuite. De notre cachette, nous pouvions voir les combats de Dornot. C'est là que le drame est arrivé le 8 septembre.
L'un d'entre eux possédait des jumelles et observait sur un mirabellier les combats de Dornot et du bois du Fer à cheval. Une patrouille allemande composée de trois hommes nous a surpris et nous a pris pour des terroristes. Nous avons pu expliquer que nous étions des villageois en attente de retourner chez eux. Ils sont repartis vers la vallée. Nous avons fait l'erreur de rester sur place. Je suis sûre que ces hommes ont signalé notre présence à un nid de mitrailleuses ou des tireurs isolés. Une heure après, des coups de feu retentissaient. Mon père, Charles Périn, 65 ans, s'effrondrait, tué sur le coup. J'ai eu le réflexe de me coucher mais trop tard. Une balle m'avait touchée dans le bas du dos pour ressortir près de l'épaule." Toutes les personnes assistant à la scène fuient. Charlotte, ses soeurs Irène et Marie-Louise, ainsi que sa mère, restent seules sur place, sous la pluie, à côté de la dépouille paternelle. Irène déchire un drap et soigne Charlotte avec de l'eau-de-vie de mirabelle et des tampons d'avoine. Plus tard, d'autres personnes reviennent sur les lieux et transportent Charlotte au château de Rongueville.
C'est le 9 septembre que les quelques occupants de la vieille demeure voient arriver les premiers Américains. Parmi cette petite troupe de reconnaissance, se trouve un médecin qui donnera de la pénicilline à la blessée. Malheureusement, l'infirmier ne peut pas rester. La patrouille remonte sur les hauts de la vallée.
"Puis des hommes du village ont décidé d'aller chercher nos morts. Sur les coteaux, quatre personnes avaient été tuées par balle ou éclats d'obus et dans le village un homme venait de décéder de mort naturelle. Il fut question d'inhumer les cinq dépouilles dans le jardin du château" poursuit Charlotte. Il faudra attendre le 14 septembre pour qu'Ancy enterre ses morts au cimetière mais sans la bénédiction du curé du village, l'Abbé Jacquat.
Sitôt donné l'ordre d'évacuation, celui-ci s'est réfugié dans le haut du village d'Ancy. Se rendant compte qu'il avait oublié ses hosties consacrées à l'église, il décide de retourner sur place. Une patrouille allemande le laisse passer. Mais à la sortie du lieu de culte, il est arrêté et transféré au camp de Woippy où il décédera. "Nous sommes restées dans la cave du château jusqu'au 16 octobre, date à laquelle je fus évacuée sur l'hospice de Gorze, libérée pour être soignée" ajoute Charlotte qui sera transférée par la suite avec ses soeurs et sa mère, vers Hattonchâtel, en Meuse. Elles ne retrouveront leur maison pillée qu'à la fin du mois de décembre. Ancy n'ayant été complètement libérée à son tour que le 8 décembre.
Source : 1944-1945, les années liberté, Metz, le Républicain Lorrain, Conseil Général de la Moselle, 1994. |