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Récit de Rutilius Namatianus, préfet de Rome, en visite à Metz vers 417 après J.C.
"Depuis longtemps, je m'étais promis de m'accorder quelques excursions hors de Metz ; de visiter les camps retranchés qui nous défendent ; les monuments, tels que bains et palais, assis le long du fleuve ; les grottes des anachorètes ; la source cristalline qui alimente ce bel aqueduc auquel la ville doit en partie ses eaux. Le deuil de Censonius l'empêchait de m'accompagner comme il l'eût désiré ; ses affaires de famille l'absorbaient d'ailleurs tout à fait ; je pris donc le parti de courir seul.
On pourrait dire, sans exagération, que Metz repose au milieu d'une corbeille de fleurs, tant les jardins qui l'entourent sont nombreux et soignés. Il s'y dépense des sommes considérables. L'un de ceux qui m'ont le plus frappé par l'abondance des eaux, la rareté des fleurs, l'ordonnance des allées et la beauté des points de vue, occupe, à une lieue de la ville, la rive gauche du fleuve qui se divise en deux bras pour l'entourer. Il appartient au sénateur Bellianus. Figurez-vous un vaste parterre disposé en carré, avec plates-bandes bordées de buis ; par derrière, un gazon entouré de gradins étagés reçoit les eaux de la montagne voisine, dans un magnifique bassin dont la galerie est en marbre blanc. Ces eaux circulent ensuite à travers des rigoles garnies de violettes pourprées, blanches et jaunes. Six rangs de platanes ombragent l'hippodrome, à droite duquel s'élève une colline plantée de vignes et d'arbres fruitiers, tandis qu'à gauche, des bosquets de lilas et de rosiers dérobent la Moselle où vous attendent des barques peintes, garnies de voiles et de banderolles. Grand nombre de statues en pierre et des fontaines jaillissantes animent cette retraite silencieuse, qui convient aux désoeuvrés aussi bien qu'à l'homme fatigué des ennuis du monde. Bellianus n'y vient presque jamais depuis la mort d'une fille bien-aimée dont le mausolée s'élève à l'extrémité de l'hippodrome. (...). |
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Comme j'aime beaucoup la vie simple, il m'est souvent arrivé de franchir les collines qui bordent la Moselle, et d'aller visiter ce peuple agricole que nos vices n'ont pas encore souillé. Des forêts impénétrables séparent chaque domaine. Une ou plusieurs familles, riches d'enfants nombreux, secondées par des centaines d'esclaves, tourmentent le sol et l'obligent à produire. Les vicissitudes de la guerre ne les atteignent pas. Je demeurais ordinairement quelques jours dans une de ces villas. Tantôt je m'y nourrissais de lait et d'un beurre excellent qu'on faisait devant moi, en agitant la crème dans un tonneau de bois d'une forme particulière ; tantôt je m'asseyais à terre sur la paille ou sur des joncs, et je recevais de mes hôtes, comme étant le plus noble ou le plus vaillant, le meilleur morceau de l'animal qu'ils avaient fait rôtir en mon honneur. Pour payer l'hospitalité, car ces braves gens n'accepteraient jamais une seule obole, j'avais soin d'emporter avec moi quelques cyathes de bon vin, et nous buvions ensemble.
Quelquefois aussi, je remontais la Moselle jusqu'à Scarpone, ou je descendais vers Aspich. Les approches de Metz sont tellement encombrées de bois flottés, de bateaux plats qui transportent les sapins, les granits des Vosges, les laves du pays des Arvernes, le sel des Séquaniens, et mille autres objets, qu'on n'a pas de plaisir à naviguer trop près de la ville ; mais, à mesure qu'on s'éloigne les sites deviennent de plus en plus riants, les ombrages plus frais, les accidents naturels du terrain plus variés. Vous entendez, à la chute du jour, la troupe errante des bergers frapper l'écho d'accents rustiques, tandis que le moissonneur, le vigneron, le journalier célèbrent par d'autres chants la fin du travail. Si vous avez soin de verser quelques cyathes aux nautoniers, ils ne manquent jamais d'interrompre le bruit monotone de leurs rames par des éclats de voix bien cadencés, et vous franchissez, sans presque vous en douter, un espace très considérable...
Source : Pascal LAUROY (sous la direction) "Metz à travers les siècles", Les Editions du Bastion, 1988. |